Le Laboratoire Ville, Mobilité et Transports (LVMT), Université Gustave Eiffel, Champs-sur-Marne, France.
Les petites et moyennes villes de montagne attirent, pour certaines depuis le XIXe siècle, des touristes nationaux et internationaux ainsi que des excursionnistes. Le pourcentage de résidences secondaires y dépasse les 75 % dans plusieurs communes des Alpes (Drouet, 2024). Avec le développement du télétravail et des plateformes comme Airbnb, des personnes s’y installent durant plusieurs semaines (Cretton et al., 2020 et 2025). Certain·es vanlifers, diplômé·es, travaillent à distance tout en profitant du cadre montagnard pour leurs loisirs, tandis que d’autres, plus précaires, vivent en habitat mobile pour réduire leurs coûts de logement (Reitz, 2016). Se rendent aussi en montagne, à la journée ou pour quelques jours, des jeunes de quartiers populaires qui découvrent cet environnement parfois via des MJC ou les réseaux sociaux (Sallenave, 2026). Ces mobilités d’agrément sont conditionnées par la présence de travailleur·ses (moniteur·rices de ski, employé·es de la restauration…) qui habitent les territoires de manière permanente ou temporaire. Certain·es travaillent au même endroit toute l’année, avec plusieurs activités professionnelles différentes suivant les saisons (employé·es comme dameur/dans le BTP…). Certain·es encore, en provenance d’autres départements ou pays – comme des migrant·es venant de passer la frontière franco-italienne employé·es dans des centres de vacances dans le sud des Alpes (Bachellerie, 2024) – ne restent en station qu’une saison par an.
Il y a ainsi co-présence de groupes interdépendants mais aux positionnements sociaux variés et aux intérêts divergents. Le programme COHAB cherche à comprendre comment cohabitent ces différents publics, notamment lors des pics de l’activité touristique, en hiver comme en été ? Son objectif est d’étudier l’« envers du décor » en s’intéressant aux rapports de pouvoir et à la lutte des places qui se jouent dans ces espaces récréatifs, en se penchant sur les enjeux politiques et sociaux de cette cohabitation (politiques publiques mises en place, notamment en matière d’accès au logement, effets pour les groupes invisibilisés, adaptations quotidiennes et résistances discrètes de ces derniers, mobilisations sociales). À l’heure des changements globaux, les enjeux environnementaux feront l’objet d’une attention particulière. Avec les inondations liées à la fonte des glaciers susceptibles de détruire des villages entiers, les espaces disponibles pour s’installer se réduisent. Malgré sa vulnérabilité, l’environnement montagnard constitue un facteur d’attractivité et les tensions pour accéder aux « bonnes » places s’accroissent : il attire des urbain·es en quête de fraîcheur particulièrement lors des épisodes caniculaires, faisant planer un risque de surfréquentation dans des espaces fragiles.
Le projet se décline en trois volets, qui visent à saisir les conditions de vie des groupes cohabitant, notamment des plus invisibilisés, moins documentées:
- Le premier volet porte sur le travail. Dans un contexte de concurrence accrue entre destinations, de changement climatique et de réflexions autour de la transition, mais aussi de préparation des Jeux olympiques d’hiver en 2030, des stations de ski choisissent la montée en gamme de l’offre de loisirs et d’hébergement, tandis que d’autres cherchent à diversifier les activités touristiques et, plus rarement, à (re)valoriser d’autres secteurs économiques (Bonnemains, 2023), comme le secteur agricole par exemple. Comment ces bifurcations, initiées par les pouvoirs publics, des associations ou des acteurs privés, se traduisent-elles dans les trajectoires professionnelles des personnes travaillant en montagne ? Accentuent-elles leur précarité ? Renforcent-elles leur capacité d’adaptation ?
- Le deuxième volet concerne le logement, une question très présente depuis la pandémie dans les médias, surtout abordée sous l’angle des difficultés que rencontrent les employeur·es pour trouver de la main d’œuvre à cause du manque de logements. Des actions existent (création de Maisons des saisonnier·ères, ouverture de places dans des foyers de jeunes travailleur·ses) mais restent réduites. Le projet vise à documenter le vécu des habitant·es permanent·es et temporaires qui peinent à trouver un logement décent. À quelles difficultés font-il·elles face ? Quels sont les effets pour ces dernier·ères des politiques publiques mises en œuvre ? Quelles solutions individuelles et collectives trouvent-il·elles ? Nous nous intéresserons en particulier à la mise en débat locale de ces questions en lien avec les élections municipales.
- Le troisième volet concerne l’espace public. En effet, les stratégies de montée en gamme des stations de ski s’incarnent dans des politiques d’embellissement des espaces publics qui visent à attirer des publics socialement aisés, susceptibles de consommer, et à éloigner les groupes considérés comme indésirables car moins dotés économiquement et perçus comme portant atteinte à l’image désirée de la station, comme les travailleur·ses saisonnier·ères notamment lorsqu’il·elles résident en camion (Piquerey, 2016). Il s’agira d’analyser quels dispositifs sont utilisés pour contrôler l’accès de ces groupes à l’espace public ou les cantonner à certains espaces. Quel·les agent·es sont en charge de l’application de ces dispositifs (police municipale, agent·es des parcs nationaux ou régionaux, élu·es…) et comment les appliquent-il·elles (amendes…) ? Quels discours tiennent-il·elles à leur égard, pour saisir les imaginaires qui sous-tendent la constitution de certains groupes de travailleur·ses, pourtant indispensables à l’économie de la station, en indésirables ?
Profil du candidat
- Le ou la candidat·e doit être titulaire d’un Doctorat en sciences sociales (préférentiellement en géographie, aménagement et urbanisme, sociologie).
- Il ou elle détient des connaissances importantes dans le champ du tourisme et au moins sur un des trois axes du projet (travail, logement, espaces publics).
- Il ou elle dispose de solides connaissances sur les espaces de montagne.
- Être familiarisé aux approches qui considèrent les rapports sociaux de pouvoir et de domination, et à l’analyse critique des politiques publiques.
- Faire preuve d’une forte capacité à travailler en équipe, d’excellentes compétences rédactionnelles, d’une capacité à valoriser des résultats du projet auprès de différents publics (académiques et professionnels).
- Maîtriser les méthodes de collecte et de traitement de données qualitatives (observations, entretiens semi-directifs) et éventuellement quantitatives (questionnaires).
Description des activités
Le temps de travail annualisé consacré au projet COHAB est de 70 % et celui dédié aux travaux personnels (publications suite à la thèse, préparation de candidatures…) de 30 %.
Au sein du projet, le ou la postdoctorant·e sera particulièrement investi·e dans les tâches suivantes :
- la contribution à la constitution du corpus bibliographique sur une ou deux thématiques du projet,
- le travail de collecte de données dans le cadre d’enquêtes de terrain,
- l’appui à la préparation et à l’animation du travail collectif (séminaires et tables rondes prévues dans le projet).
Le poste sera localisé à Champs-sur-Marne (Université Gustave Eiffel, 77420). Des déplacements seront à prévoir dans les Alpes pour la réalisation des enquêtes.
Modalités de candidature
- Un curriculum vitae comprenant le parcours, la liste des publications, les activités scientifiques et les activités d’enseignement.
- Le rapport de soutenance de thèse (si la thèse a été soutenue en France et si le rapport est disponible au moment de la candidature).
- Une lettre de motivation exposant l’adéquation du profil aux missions proposées (2 pages maximum).
Merci de transmettre le dossier de candidature dans un seul document PDF intégrant l’ensemble des documents listés dans l’ordre précisé.
Les candidatures sont à adresser à :
Les personnes sélectionnées seront invitées à un entretien (présentiel ou visioconférence).
Calendrier
- Date limite de réception des candidatures : 11 mai 2026
- Entretien de recrutement : 08 juin 2026
- Prise de fonction : 1er septembre ou 1er octobre 2026
Conditions d’encadrement et inscription institutionnelle
Le projet implique deux laboratoires de l’Université Gustave Eiffel (Champs-sur-Marne) : le laboratoire Analyse Comparée des Pouvoirs (ACP) et le laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT). Le ou la postdoctorant·e sera rattaché·e au LVMT.
La personne recrutée bénéficiera d’un contrat postdoctoral de 18 mois.
Salaire net entre 2300 et 2500 euros (avec une ancienneté après doctorat de plus de trois ans).
Bibliographie
Bachellerie Sarah, 2024, « Se rendre in/visible dans les espaces touristiques alpins : les stratégies visuelles de résistance des personnes en migration à la frontière francoitalienne », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine [En ligne], 112-3.
Bonnemains Anouk, 2023, « Adaptations et vulnérabilités des stations de sports d’hiver françaises face aux changements climatiques », L’Information géographique, 87-2, p. 123-141.
Cretton Viviane, Boscoboinik Andrea, Friedli Andrea, 2020, « À l’aise, ici et ailleurs. Mobilités multi-résidentielles en zone de montagne : le cas de Verbier en Suisse », Anthropologie et sociétés, vol. 44, n° 2, p. 107-126.
Cretton Viviane, Boscoboinik Andrea (ed), 2025, Mountainscapes. Pathways and Mobilities in the Alps and Beyond, New York, Oxford, ed Berghahn.
Drouet Quentin, 2024, Les résidences secondaires et l’action publique au défi du maintien de la vie locale à l’année dans les communes-supports de station. Approche géographique des empreintes habitantes dans les espaces alpins à forte intensité
touristique saisonnière, thèse de doctorat en Géographie, Université Savoie MontBlanc, 674 p.
Froment-Meurice Muriel, 2016, Produire et réguler les espaces publics contemporains : les politiques de gestion de l’indésirabilité à Paris, thèse en géographie, UPEM.
Oiry Varacca Mari, Sallenave Léa, 2024, « Négocier sa place en montagne. Perspectives radicales », Journal of Alpine Research/Revue de Géographie Alpine, n° 112-3, https ://journals.openedition.org/rga/12265 5
Piquerey Lise, 2016, Golden Snow, Ségrégation et entre-soi dans les stations de sports d’hiver haut de gamme en Autriche, en France et en Suisse, Thèse de doctorat en Géographie, Université Grenoble Alpes.
Reitz Lisa Maude, 2016, Assembler son quotidien sur la route : une ethnographie de l’habiter mobile contemporain, thèse de sociologie, université de Lausanne, EPFL.
Sallenave Léa, 2026 (à paraître), « Quitte un peu le quartier ! » Une jeunesse populaire au sommet, MétisPresses, Genève